Une cérémonie laïque  pour les Tout Petits

Le 2ème mardi de chaque trimestre, au cimetière du Père Lachaise à Paris, organisée par le personnel du service funéraire de Paris.

Une cérémonie spécifique

Le 1er mardi ouvré de chaque trimestre a lieu, de 8h45 à 9h30 au crématorium du Père Lachaise, une cérémonie en mémoire de ces enfants. Les parents et les proches qui le souhaitent sont cordialement invités à y participer.

Les dates des cérémonies en 2017 :

le 4 avril,
le 4  juillet,
le 3 octobre.

Le 2 janvier 2018.

Vérifier les dates sur :

http://www.crematorium-perelachaise.fr/p_cremation_et_mort_perinatale_60.html

 

Parler de la mort périnatale n’est pas évident ; l’évoquer dans le cadre d’une cérémonie publique encore moins ; et cela se complexifie encore plus lorsqu’il s’agit de donner du sens aux crémations collectives de bébés morts avant la naissance. C’est pourtant l’initiative qui a été mise en œuvre au crématorium du Père Lachaise en janvier 2009 avec une cérémonie à l’attention des parents concernés par un deuil périnatal et n’ayant pas pu ou pas voulu mettre en œuvre des obsèques.
En effet, le cadre réglementaire a considérablement évolué ces dernières années et les décrets du 20 août 2008 prévoient notamment que lorsque l’enfant est mort-né ou né vivant mais non viable, seul un certificat d’accouchement est établi. De plus, le bébé bénéficie d’un statut d’enfant sans vie si une déclaration est faite dans ce sens. Les parents ont alors le choix de s’occuper des obsèques ou de laisser l’établissement de santé (hôpital, maternité, clinique) prendre en charge le devenir du corps, au terme d’un délai de réflexion. Dans le cas où c’est l’hôpital qui assume l’organisation, une procédure clairement codifiée et respectueuse a été mise en place au crématorium du Père Lachaise. Cette procédure ne permet pas l’accompagnement au crématorium par les parents. Les opérations se déroulent de manière habituelle confidentiellement sous la seule responsabilité de l’hôpital et des services funéraires : les crémations sont anonymes et seul l’hôpital détient l’ensemble des informations concernant l’identité des bébés. Le crématorium assure les crémations qui se déroulent de manière collective. Une traçabilité est assurée : les informations sont transmises en fin de processus à l’établissement hospitalier qui peut alors les communiquer aux parents concernés.
Construire une cérémonie qui soit à la fois porteuse de sens et qui ne sombre pas irrésistiblement dans l’émotion demandait un minimum d’échanges avec des personnes capables de répondre à ma demande. Quels mots employer ? Quels symboles utiliser tout en restant dans une dynamique qui respecte notre esprit de laïcité ouverte ? Quelle portée pouvait-on donner à cette cérémonie alors que nous n’avons aucun contact direct avec les parents et que nous recevons les corps des tout petits sans aucune possibilité d’identification dans le respect du secret médical ?

Avec l’aide de l’association Petite Emilie, nous avons élaboré un cérémonial en nous inspirant des étapes qui ordonnancent habituellement une cérémonie en présence d’un défunt mais en tenant compte des spécificités liées à ce contexte précis de mort périnatale. Il s’agit de permettre aux parents de s’exprimer sans pour autant tomber dans l’affectif ; il s’agit également de laisser une trace pour ces enfants dont il ne reste aucune cendre.
Un médaillon en céramique symbolisant les crémations collectives occupe alors une place centrale. Habituellement, lorsque ce sont les parents qui organisent les obsèques, c’est l’initiale du prénom choisi par les parents qui est gravée sur ce médaillon : ce dernier est alors déposé sur le cercueil en fin de cérémonie et accompagne la crémation. Il fallait donc trouver un symbole qui puisse « dire » tout à la fois le collectif et l’individuel, la fragilité de la vie et l’ouverture à l’universel. Le symbole retenu a été celui de l’empreinte d’une main d’un enfant. L’empreinte, trace fugitive mais bien présente, qui dit le passage sans pour autant tout révéler de l’être. Symbole d’autant plus fort qu’un certain nombre de maternités proposent désormais aux parents de faire un moulage de l’empreinte du pied ou de la main du tout petit. Cette petite main a donc été gravée sur le médaillon puis déclinée sous d’autres formes pour les autres supports visuels. Nous avons ainsi pensé à deux mains ouvertes, en signe d’accueil, peintes en bleu : c’est devenu tout naturellement le logo de la cérémonie qui a été reproduit sur le petit feuillet d’accueil donné aux participants des cérémonies ainsi que dans un cadre qui est disposé dans la salle. L’utilisation d’un langage visuel élargit le champ des symboliques : là où les mots sont parfois impuissants, une image peut prendre le relais, à condition toutefois qu’elle soit suffisamment universelle pour rejoindre chacun dans sa particularité. Utiliser une image de bébé eût été inappropriée en de pareilles circonstances ; celle d’un ange, même si c’est devenu un objet sécularisé que l’on trouve jusque dans les boutiques de décoration, reste fondamentalement un symbole religieux. L’image d’une main nous permettait de garder cet équilibre entre universalité et laïcité du langage employé dans une cérémonie civile.

 

L’autre difficulté a été de nommer ce temps de mémoire. Il s’agissait certes d’une cérémonie du souvenir faisant suite aux crémations collectives des bébés morts avant la naissance mais parler de souvenir a-t-il du sens lorsque les circonstances n’ont pas permis d’en construire ? Et n’est-il pas réducteur de parler de fœtus quand il s’agit d’enfant à part entière aux yeux de ses parents ? Il nous fallait sortir de la sémantique technique ou médicale et l’expression « tout petit » donne justement cette liberté. Ce qui est tout petit n’en a pas moins de sens et d’importance que ce qui est grand. Et je n’hésite pas à parler du tout petit comme d’un enfant en devenir, un petit d’homme qui a sa place dans le monde.
L’une des vertus de cette cérémonie collective est de permettre le passage d’une expérience individuelle à un vécu solidaire. Quoi de plus intime en effet que la relation entre la mère et son enfant ? Cette sortie du ventre de la mère qui s’accompagne normalement d’une parole de vie devient brusquement silence étouffant. Je ne compte plus les mères et pères qui m’ont confié à quel point il leur est difficile de parler de la perte d’un enfant et qui préfèrent alors se taire et se replier sur leur souffrance. La cérémonie a justement pour fonction d’ouvrir la possibilité d’une parole en vivant une expérience avec d’autres, une parole de vivant à vivant, et donc d’insérer le défunt dans le fil ininterrompu de l’histoire.

Cela fait désormais près de cinq ans qu’existe la cérémonie trimestrielle des Tout Petits. Le premier mardi ouvré de chaque trimestre, nous accueillons entre quarante et cinquante personnes qui ont été informées de l’existence de ce temps spécifique par les établissements hospitaliers grâce au petit dépliant édité par nos soins, par les forums associatifs qui relayent cette initiative, mais aussi par le bouche-à-oreille alimenté notamment par les sites internet dont celui du crématorium du Père Lachaise : www.crematorium-perelachaise.fr.
Ce temps est devenu un véritable rendez-vous indispensable pour des parents en attente d’un vrai signe de reconnaissance de leur parcours : ce n’est pas parce que l’on renonce à une organisation d’obsèques personnalisée après un décès périnatal qu’il n’est de nécessité d’un temps et d’un cheminement adaptés. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que je vois désormais des parents venir accompagnés : les grands-parents, le parrain ou la marraine que l’on avait choisi pour l’enfant à venir, l’ami(e) proche. Viennent également à ces cérémonies des soignants, des bénévoles associatifs qui apportent par leur présence une ouverture essentielle : on sort de ce que j’appelle « l’entre soi », c’est-à-dire que cet élargissement peut permettre à des parents focalisés sur leur douleur de comprendre qu’ils ne sont pas seuls et d’entendre une parole qui puisse les aider à entamer un processus de deuil souvent très long.
J’estime que nous avons réussi à mettre en œuvre un temps de mémoire porteur de sens, empreint de simplicité et de dignité. Un temps qui laisse à chacun la liberté d’exprimer sa souffrance, son émotion, sans pour autant que cela occulte la force symbolique du rite. C’est de fait une véritable leçon de vie que nous donnent ces parents qui poursuivent leur route avec ce bagage si particulier. J’aimerais terminer sur une image : celle de cette maman enceinte de sept mois venue assister à une cérémonie avec son mari pour faire mémoire de leur premier enfant mort avant terme un an plus tôt. Elle rayonnait de vie et m’a confié combien il était essentiel pour elle et pour l’enfant à venir de faire mémoire de leur aîné qui avait droit à sa place dans leur famille en construction.

Un texte de Jean-Paul Rocle
Chargé de mission « Cérémonies et ritualités » Services Funéraires – Ville de Paris